Horace Miner
- Brayage du lin -

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Après les labours, une fois le lin battu, on en ramasse la graine et on en engerbe à nouveau le pied afin de pouvoir apporter cette récolte près du bois, à l'abri du vent. C'est là que se fera le «brayage», broyage. Voici comment. Il faut d'abord faire sécher le lin sur un bûcher de feu de bois franc ou vert afin d'avoir le moins de flamme possible. Mais encore là on doit être très prudent, car une simple étincelle condamnerait la portion de récolte qui est sur le bûcher.

«Papa a soin du feu» (1)

Plus le lin est chaud, mieux il se broie. Enfin, lorsqu'une brassée est prête un homme la prend et la broie tant que l'écorce n'est pas complètement tombée. On appelle cette écorce les «aigrettes». On s'en sert comme étoupe. Il reste alors la filasse que les femmes continuent de secouer pour en faire tomber les derniers déchets. On s'en sert aussi pour faire des «treims» trames.

Durant l'hiver ensuite les femmes l'écorchent, c'est-à-dire qu'elles la battent sur un dossier de chaise avec un couteau de bois. Puis elles la peignent avec une planche cloutée. Le lin est alors prêt à être filé. Au printemps, la ménagère le trempera dans la lessive de son savon pour le faire blanchir. Elle pourra alors monter par temps perdu une pièce de lin, de toile du pays, pour se faire des essuie-mains, des couches, etc.


5 octobre - - - Nous sommes allés voir brayer le lin. Après que la voiture eut gravi la colline, nous mimes pied à terre pour aller rejoindre le groupe des brayeuses que nous entendions distinctement, mais dont un épais taillis, percé d'un sentier, nous dérobait la vue. Mme Dunois vint au devant de nous en nous apercevant à la sortie de ce fourré.

Trois brayes étaient en opération autour du foyer qui flambait au flanc d'un rocher devant lequel se tenait la chauffeuse. Elle était occupée à étendre et à retourner une petite gerbe de lin couchée sur une sorte d'établi ou table faite avec des rondins de bois franc rangés les uns à côté des autres de façon à laisser passer facilement la chaleur montant du foyer. Il faut qu'elle soit très attentive à cette occupation pour ne pas laisser le lin chauffer trop et prendre feu, ce qui arrive assez fréquemment aux travailleuses inexpérimentées. Chaque grillade est saluée par des éclats de rire que la chauffeuse tâche à tout prix de renouveler le moins souvent possible.

Dès que le lin est bien chaud elle le passe par poignées aux brayeuses qui aussitôt se mettent à décortiquer les tiges en les écrasant à coup redoublés entre les mâchoires des brayes. Les morceaux d'écorce, autrement dits aigrettes, tombent en abondance à mesure que les tiges sont, broyées dans toute leur longueur et laissent à découvert les fils du lin qui seront plus tard nettoyés en passant par l'écorchoir et le peigne destinés à cet usage. Le bruit éclatant des brayes et le mouvement que se donnent les brayeuses répandent autour de la chaufferie une animation qui en fait une des scènes champêtres les plus délicieuses qu'on puisse voir.


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