Abbé Maurice Proulx
- Le service social de l'enfance et de la famille -

Le cinéaste  -  Études  -  Hommages
Le service social de l'enfance et de la famille
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Vers le début de l’année 1953, Mgr Bruno Desrochers, le premier Évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, réunit quelques personnalités de son diocèse, et leur donna le mandat de créer une corporation dont les buts principaux seraient de pourvoir aux besoins des enfants orphelins ou abandonnés, et de porter assistance aux familles en difficulté.  Un premier pas fut franchi lorsqu’au cours de l’été suivant, furent émises des lettres patentes constituant une compagnie sans but lucratif désignée sous le nom de “ Le Service Social de l’Enfance et de la Famille du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière ”. 

Conscient qu’il fallait un moteur pour mettre en marche cette nouvelle structure, Mgr l’Évêque avait pris la précaution de nommer d’office un délégué de l’Ordinaire au nombre des membres de la Corpo-ration. Ce fut sur un professeur à la Faculté d’Agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, reconnu pour ses méthodes avant-gardistes d’enseignement de l’agronomie, que s’arrêta le choix de l’Évêché.

Il s’agissait évidemment de l’abbé Maurice Proulx, dont les talents de cinématographe étaient maintenant connus, notamment de différentes communautés religieuses de femmes qui avaient retenu ses services pour immortaliser sur pellicules les cérémonies entourant la béatification de leurs Mères fondatrices. Ce n’est qu’après avoir protesté de son ignorance totale des choses sociales, et avoir négocié quelques accomodements pour satisfaire à ses obligations vaticanes, qu’il accepta son nouveau défi.

C’est ainsi qu’au cours de l’été 1953, on pouvait rencontrer l’abbé Proulx, arpentant les corridors des agences du Service social de l’Université Laval et y chercher la personne ayant à ses yeux les aptitudes pour programmer la mise en place des premiers services.

Je fus l’heureux élu, et je peux témoigner que ce qu’il appelait  “les petits détails” comme mes conditions d’emploi, mon installation temporaire à Sainte-Anne-de-la-Pocatière avec ma famille, l’embauche d’une secrétaire, l’achat d’une automobile, l’aménagement de bureaux fonctionnels dans l’ancien presbytère récemment déménagé sur un nouveau site, tout ceci a été réglé en un tournemain, laissant tout le temps nécessaire à une identification rapide des priorités et la mise en place des premiers services.

Ainsi, les pensionnaires de l’Orphelinat du Sacré-Cœur de Rivière-du-Loup purent-ils recevoir du gouvernement fédéral leurs allocations familiales dont ils étaient privés, et cela, à partir du moment où le Service social en acceptait l’administration. Enfin, l’abbé Proulx sollicita et obtint du Dr Paquet, alors ministre de la Santé sous l’Union Nationale, un octroi de 5 000$ à inscrire au budget de la nouvelle agence sociale. Il  s’amusait beaucoup de ce que certaines officines de l’Union Na-tionale le qualifiassent de “rouge”, partisan d’Adélard Godbout, ancien premier ministre libéral, député de l’Islet, agronome, et associé comme lui à la Faculté d’Agriculture de Sainte-Anne-de-la Pocatière.

Libéré de ses obligations filmiques, l’abbé Proulx put enfin se consacrer à cette tâche qui devait devenir sa nouvelle passion, soit le service d’adoption d’enfants dits illégitimes.  Est-il nécessaire de rappeler qu’à cette époque, les Crèches de Montréal et de Québec débordaient d’enfants que des mères jugées coupables étaient contraintes d’abandonner et dont le certificat de naissance portait la mention: né de parents inconnus. Plusieurs, parmi ces enfants ne trouvant pas preneur vieillissaient en institution. Certaines agences parcouraient les campagnes dans l’espoir de trouver des familles compatissantes pour leurs protégés. D’autres services s’occupant d’adoption se résignaient à laisser partir leurs enfants pour les États-Unis. 

C’est dans ce contexte que l’abbé Proulx entreprit des négociations avec la Sauvegarde de l’Enfance de Québec. Cette agence offrait depuis plusieurs années déjà divers services sociaux aux enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul de Québec, et recrutait des parents adoptifs, notamment dans l’archidiocèse de Québec dont faisait partie le diocèse de Sainte-Anne-de-la Pocatière. Invoquant des problèmes de coordination, la Sauvegarde de l’Enfance refusa de partager ses responsabilités avec la nouvelle venue.

C’est donc avec la Société d’adoption de Montréal et la Crèche de la Miséricorde que l’abbé Proulx conclut des ententes lui permettant de transporter par train des groupes d’enfants de la Crèche, et de les distribuer dans des familles d’accueil de La Pocatière, dont une pièce de la maison avait été convertie en pouponnière. Les aînés se rappelleront de l’agitation qui accompagnait l’entrée du train en gare à cette occasion, et du contingent de Filles d’Isabelle venues prendre un enfant dans leurs bras, attendant pour les transporter dans leur nouveau domicile la famille adoptive qui finissait toujours par se présenter. Et il y avait aussi le journaliste et le photographe invités à couvrir l’événement pour le compte des journaux régionaux. 

Aidé de son thème favori, un enfant sans parents pour des parents sans enfant, l’abbé Proulx contribua à augmenter de façon significative le nombre d’adoptions d’enfants abandonnés dans le diocèse. Par son action, il réussit à sensibiliser la population de sa région aux problèmes de ces enfants encore qualifiés en certains milieux, d’enfants du péché.

Parmi les pensionnaires de la Crèche que l’on proposait aux visiteurs, il y avait les laissés pour compte, c’était souvent des garçons plus âgés, ou plus agités, ou légèrement handicapés, ou simplement malchanceux dont l’horizon risquait de déboucher à long terme sur l’institution. Pour permettre à ces jeunes d’expérimenter le milieu familial, l’abbé Proulx en plaça un certain nombre dans des foyers de la région qu’il avait judicieusement choisis. Il portait une attention particulière à ces enfants qu’il appelait affectueusement ses cotons. À ma connaissance, aucun de ces enfants ne retourna en institution, mais réussirent, avec l’appui de leur entourage, à faire leur chemin dans la vie.

L’abbé Proulx fut rapidement amené à s’occuper des mères célibataires.  Il avait avec elles une attitude plus professionnelle que moralisatrice. Bien qu’il privilégiait l’adoption, il ne lui répugnait pas d’aider discrètement une jeune mère à garder son enfant, une pratique qui, à l’époque, ne faisait pas l’unanimité. Nous savons maintenant qu’avec le changement des mentalités et le phénomène de la dénatalité, nos crèches se sont vidées et que les enfants abandonnés nous parviennent depuis un bon moment par l’adoption internationale.

Chez nous, les programmes sociaux privilégient maintenant dans leurs interventions, le support aux mères en difficulté et la protection du lien mère-enfant. Comme en bien d’autres domaines, l’abbé Proulx était en cette matière en avant de son temps.

L’abbé Proulx assuma la direction du Service Social de 1953 à 1965. À ce titre, il participa à la fondation de la Fédération des Services Sociaux à la Famille qui regroupait les agences sociales diocésaines du Québec, et se voulait l’agent de liaison entre ceux-ci et le gouvernement provincial.  Il collabora également à la fondation du Conseil des oeuvres du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière dont les buts étaient de coordonner et de supporter les organismes d’action catholique et de services sociaux. C’est au Conseil des oeuvres qu’incomba la charge d’organiser chaque année la Campagne des Oeuvres, une collecte de fonds auprès de chaque foyer du diocèse, faite par des bénévoles recrutés dans chacune des paroisses. Durant les premières années, la Campagne se fit sous le signe de la Plume Rouge, en collaboration avec la Campagne de Québec. Plus tard, elle se fit sous l’égide de Caritas Canada, à l’instar des autres membres de la Fédération des Services Sociaux à la Famille. 

Une brève énumération comme celle-ci des œuvres de l’abbé Proulx dans le domaine social ne rend évidemment pas compte de la somme de travail qu’elles exigeaient. J’ai appris plus tard que l’Évêché avait rapidement reconnu la qualité du travail accompli par son délégué, et en guise d’appréciation, lui avait proposé le Ceinturon rouge. Il déclina cette consécration un peu voyante à son gré. Il tenait à conserver son image de l’abbé Proulx, humble fils d’habitant, rempli de gros bon sens, d’esprit pratique, et d’amour du prochain.

Référence: Fernand Lord, Le Javelier, septembre 2002


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